Le magazine Constellation CaraïbesCopyright © Décembre 2007 -
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Équipe de rédaction
Numéro 0 - Déc 2007
ONG PLAC 21 - Diffusion Caraïbes
Rédactrice en chef :Fatima BESNACI-LANCOUEcrivain, Prix Seligmann 2005 des Droits de l'Homme
Rédactrice en chef-adjointe :Marie-Luce LAFAGESPrésidente de l'O.N.G. PLAC 21
Reportage-photographie :Wesly BENJAMIN
Secrétariat : Ingrid PATER
Le magazine électronique de l'O.N.G. PLAC 21
L'émergence de la société civile face à la réalité des Droits de l'Homme et l'accès au Droits Universels.
Docteur ès sciences-politiques de l’Université de Perpignan, il est, en outre, titulaire d’un DEA «Droit–Institutions–Sociétés» Option : Droit Public ; et d’un DESS «Relations Publiques de l’Environnement». Il parle anglais et arabe.
Mohamed BENKHALIFA est Politologue - Expert international et représentant officiel à New York et à Genève au sein de l’Organisation des Nations Unies pour le compte d’un réseau d’ONG ayant le statut consultatif conféré par le Conseil Économique et Social de l’ONU.
De plus, il est chargé des relations avec la Commission européenne pour différents groupes d’intérêts et organisations. Consultant dans divers cabinets d’audit spécialisés dans le Développement Durable et le Management Qualité & Environnemental, il est aussi formateur de cadres supérieurs de l’environnement dans la matière «Droit & Développement Durable». Il intervient essentiellement dans les domaines du Droit International de l’Environnement, des Droits de l’Homme et du Développement Durable. Intervenant dans de nombreuses conférences, il est à noter parmi ses publications :
- «Le Développement Durable face au nouveau désordre mondial : Réflexions autour des pratiques et enjeux de la diplomatie environnementale», 560 pages, éd. Pyramide Papyrus ; paru en 2005.
- «Pouvoir d’Éthique : Dialogues sur le dépassement de l’impuissance» ; à paraître en 2008.
L’émergence de la Société civile face à la réalité des Droits de l’Homme et de l’accès aux droits universels.
L’Agenda 21, outil onusien du Développement Durable annonce que «nous assistons à une aggravation de la pauvreté, de la faim, de l’état de santé et de l’analphabétisme, et de la détérioration continue des écosystèmes […] Mais si nous intégrons les questions d’environnement et de développement et si nous accordons une plus grande attention à ces questions, nous pourrons satisfaire les besoins fondamentaux, améliorer le niveau de vie pour tous, mieux protéger et mieux gérer les écosystèmes et assurer un avenir plus sûr et plus prospère […] Objectifs […] : mettre en place […] des programmes intégrés permettant de s’attaquer à la pollution, à la source et sur les sites d’élimination en concentrant les efforts sur les mesures de réduction dans tous les pays ; […] Contrôler […] l’utilisation des pesticides […] ; Mettre en place, dans toutes les grandes industries, des programmes d’hygiène du travail, afin de surveiller l’exposition des ouvriers aux risques sanitaires… ». Ces questions ont déjà trouvé des réponses dans divers instruments juridiques consacrés par des textes dont notamment celui de la déclaration des Droits de l’Homme qui énonce que «Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être […] Toute personne a droit à ce que règne, sur le plan social et sur le plan international, un ordre tel que les droits et libertés […] puissent y trouver plein effet».
Ainsi, à l’instar de cette déclaration, certains idéaux communs sont d’emblée validés au niveau des textes législatifs, que ce soit à l’échelle internationale ou nationale. Alors, s’il est souhaitable de jouir de ces droits dans des sociétés équitables et durables, c’est donc dans cet esprit qu’il faut garantir à toutes les valeurs universelles le même statut, mais également le même degré de légitimation, en rétablissant les valeurs et principes éthiques fondamentaux par une application collective. Car, pour l’heure, à la lumière de l’analyse, ni les traités internationaux existants sur la gestion environnementale ni les Droits de l’Homme, n’intègrent entièrement la proximité entre l’exigence éthique dans sa globalité et les durabilités environnementale et sociale.
Ainsi, dans l’intérêt général, il convient d’envisager l’intégration d’un cadre éthique, au sein du processus de prise de décision, afin de mieux définir les devoirs et les droits de toutes les parties prenantes.
Dans le monde contemporain, c’est à des échelles, souvent trop éloignées des niveaux coutumiers de proximité, que de nombreuses décisions sont prises, et ce, à des degrés de compétences diverses et aux effets conséquents sur les sociétés. Alors que toute décision doit tout d’abord être examinée par rapport à sa position locale en la remettant dans son contexte. L’approche empirique du système et de ses interdépendances s’attache alors à évaluer l’influence du sous-ensemble rattachée à la décision politique, sur la totalité du système. Ainsi, il est important que s’opère un indispensable changement de la vision du rapport des individus à l’action politique.
Si la conscience collective des conséquences de ces métamorphoses s’opère progressivement, elle n’en reste pas moins embryonnaire. La difficulté à changer de modèle est manifeste. En termes simples, on peut dire qu’un paradigme est un ensemble d’idées, de visions, de valeurs, de convictions qui permettent en quelque sorte de référence pour analyser la réalité telle qu’elle se présente. Un changement de paradigme provoque inévitablement une perturbation car il agit directement sur la conception de la réalité et sur l’interprétation que l’on donne des aspects de cette réalité. Celle-ci est d’autant moins évidente que les schémas de pensée provenant de l’ancien modèle « national » ne concordent plus avec une approche « globale » d’ailleurs fidèle à l’esprit du Développement Durable. Cependant, il n’en reste pas moins que le dynamisme des mouvements sociaux, de plus en plus influents, et l’avènement d’une Société civile mondiale réussissent tout de même à accroître le champ de la politique et de la démocratie participative et à pousser les forces de décision à œuvrer pour l’accès aux droits, dont notamment celui de l’accès aux soins pour tous, les pandémies ayant plus que jamais ravagé les populations les plus démunies.
Du local au global, procédant en réseaux, transcendant les frontières et décadenassant les verrouillages étatiques nationaux, des mouvements alternatifs se constituent.
Toujours dans la même optique, symbolisant une véritable gageure et une source inédite de démocratisation, ces groupements de solidarité s’organisent et se forment autour de nouveaux idéaux. Cette vague de fond qui déferle sur la conception contemporaine de la démocratie impose à l’esprit critique de se questionner sur les capacités et les limites de ce processus historique. De plus, comment l’identité et l’autorité des peuples se maintiennent-elles, face à une société civile qui tend à devenir mondiale et qui semble remettre en cause, à l’échelle internationale, les règles du jeu et décrédibiliser l’Etat-Nation ?
Dans une démarche attachée à une vision éthique de l’humanité et aux valeurs universelles, l’idée de citoyenneté aspirant à s’identifier davantage aux droits universels plutôt qu’à l’Etat, on voit l’espace public s’étendre à d’autres champs d’investigation dans une situation où la fonction politique voit la charge étatique se diluer. C’est dans ce mécanisme, en se fixant de nouveaux droits, que ces acteurs sociaux réorganisés se manifestent. C’est aussi avec la même approche que ces voix doivent être prises en compte par les institutions internationales, au nom de leur responsabilité démocratique.
En échange, afin d’informer et d’instruire les opinions publiques, ces contre-pouvoirs centraux doivent également transférer leur savoir-faire à ceux qui sont en charge de la gestion publique nationale. Ce qui, sans conteste, est un moyen pertinent d’orientation des futurs projets intégrés, touchant à l’avenir des sociétés et de la planète. En stimulant et en consolidant le dialogue entre les différents protagonistes, Les ONG peuvent, dans leur sphère d’influence et d’action, améliorer leur aptitude à soutenir l’éthique universelle en progressant dans le cadre d’une collaboration entre les ONG à des fins de cohérence de leurs projets. Sur la base d’un partage des compétences et d’échanges d’expériences, les ONG doivent également renforcer davantage les initiatives et les capacités des ONG locales dans les PED, parfois touchées par des découragements, compte tenu de leurs ressources minimes et de leurs marges de manœuvre réduites.
Des solutions significatives relatives aux outils financiers doivent être mises en place et s’attacher notamment à la promotion de démarches plus humaines et plus efficientes de la diminution de la dette, à admettre la dette environnementale des PDE ou encore à augmenter l’Aide Publique au Développement (APD).
À ce sujet, concernant la lutte contre la pauvreté, la stabilité de l’ordre international et la promotion du Développement Durable, l’APD doit se baser sur l’exigence éthique qui consiste à être solidaire des Etats. Pour l’heure, loin des engagements pris, en 1992, lors du Sommet de Rio de Janeiro, la majeure partie des pays n’ont toujours pas respecté l’objectif de 0,7 % du PNB destiné à l’APD. La société civile doit s’investir encore davantage sur ces questions en intensifiant la pression sur les gouvernements des pays développés, et particulièrement à l’occasion des conférences internationales qui touchent aux problèmes de l’accès aux droits des populations comme celui de l’accès universel aux soins ou encore celui de l’accès au droit et à la justice.
Dr Mohamed BENKHALIFAPolitologue, Ecrivain, Expert auprès des Nations Unies
Dr Mohamed BENKHALIFA - Politologue, Expert auprès des Nations Unies